accueil

DELTA

Identification des chiroptères de France

A.-L. Gourmand

email : anne-laure-gourmand@wanadoo.fr

Introduction

Les chauves-souris sont des Mammifères de l’ordre de chiroptère. Elles ont des mœurs nocturnes, pratiquent le vol actif et se déplacent par écholocation. Il existe dans le monde plus de 1000 espèces, dont 33 en France métropolitaine.
Elles ont conquit l’ensemble de globe excepté les calottes polaires, les montagnes de hautes altitudes, des îles isolées ou le centre des Plus grand désert.
Elles ont su s'adapter à un grand nombre de gîtes naturels : milieu souterrain, crevasse, fissure, paroi rocheuse, derrière des écorces, dans les cavités arboricoles, habitations humaines.

De part leur mode de vie et leur cycle biologique complexe, l’intérêt pour la chiroptérologie est relativement récent : écoute des ultrasons possibles depuis 1939, baguage adapté aux chauves-souris en 1921 (Arthur & Lemaire, 1999). Cinq nouvelles espèces ont été décrites en Europe depuis 5 ans, la répartition des espèces reste à préciser, la méconnaissance de leur écologie est importante, leurs structures sociales sont inconnues et leurs mécanismes de communication intra et interspécifiques sont complexes.

1. Cycle biologique et techniques d’étude associées

Les chauves-souris ont un mode de vie particulier. Sous les climats tempérés de l’hémisphère nord, leur cycle biologique est divisé en quatre grandes périodes (figure 1). De fin novembre à début mars, les chauves-souris sont regroupées dans des sites tels des grottes, des carrières souterraines, des ponts ou des arbres pour hiberner. Le printemps est marqué par leur reprise d’activité et par leur transit vers les gîtes d’été. À partir de fin mai, les femelles se regroupent pour la fin de la gestation et la mise bas. Chez la plupart des espèces européennes, les mâles sont dispersés et isolés. Les accouplements ont lieu à la fin de l’été. Le sperme sera stocké par la femelle jusqu’au printemps, où la fécondation aura lieu.

Figure 1 : cycle biologique simplifié des chiroptères

2. Prospection des regroupements hivernaux et estivaux (novembre-février et mai-août) Durant l’hiver et la fin du printemps, les chauves-souris se regroupent pour respectivement hiberner et mettre bas. Les grottes, carrières souterraines, ponts, ruines, châteaux, églises, arbres creux, mais aussi les habitations tels les greniers ou les caves sont susceptibles de les abriter. Selon les espèces et la période de l’année, ces derniers ne sont pas utilisés de la même façon. Il est donc important de connaître les gîtes privilégiés selon les espèces afin d’orienter les prospections. Le tableau 1 synthétise les observations faites au sein du Groupe Mammalogique Normande.

Tableau 1 : Sites de regroupement des chauves-souris pour l’hibernation (H) (novembre-mars) et la mise bas (MB) (mai-août) observés en Normandie.

3. Captures (avril-novembre)
Dès lors que les chauves-souris reprennent leurs activités de chasse et de transit, il est possible de les capturer à l’aide de filets. Ces derniers, posés verticalement, mesurent entre 2,5m et 18m de long, pour une hauteur allant de 2,5m à 5m.

4. Détection des ultrasons (avril-novembre)
L’oreille humaine perçoit les ondes sonores entre 20 et 20 000 Hertz (20 KHz). Les chauves-souris émettent des signaux d’écholocation entre 18 et 115 KHz. Il est donc nécessaire d’utiliser un appareil permettant de retranscrire les ultrasons en sons audibles. Pour cela, trois techniques sont utilisées :

- Division de fréquence
Cette technique permet de diviser par 10 ou 20 la fréquence d’un signal de manière à le rendre audible. Ce système fonctionne sur une large bande de fréquences, ce qui permet de ne manquer aucun contact acoustique. Cependant, les sons perçus dans ce cas sont atténués en intensité, et leur structure altérée, ce qui rend l'écoute inconfortable et inefficace pour l’identification. En France, cette méthode n’est utilisée que pour réaliser des enregistrements en continu ou lors de points d’écoute pour quantifier l’activité.

- Hétérodyne
Lorsque deux sons sont émis simultanément, il en résulte deux combinatoires, dont un son différentiel (sa fréquence est égale à la différence des fréquences des deux sons initiaux). Ainsi, pour des sons simultanés de 45 et 43 kHz, le son différentiel sera de 2 kHz. C’est ce principe physique qui est utilisé dans le détecteur hétérodyne. L'appareil émet dans son circuit interne une fréquence constante, ajustable grâce à un variateur. Cette fréquence va être comparée à celle du signal capté par le micro, donc émis par la chauve-souris. Lorsque la différence entre les deux signaux devient nulle, aucun son n'est audible théoriquement : c'est le battement zéro. En pratique, le battement zéro correspond au son le plus grave possible, car la fréquence constante du détecteur est comparée non pas à une fréquence unique, mais à l’ensemble des fréquences qui composent le signal d'un chiroptère. Le battement zéro absolu n’existe donc pas pour les émissions des chiroptères.

Il existe trois grands types de signaux, caractéristiques de certains taxons (figures 2, 3 et 4) : les fréquences constantes (rhinolophes), les fréquences modulées aplanies (pipistrelles, sérotines, noctules) et les fréquences modulées abruptes (murins, oreillards, barbastelles).

Figure 2 : fréquence constante :

Figure 3 : fréquences modulées aplanies :

Figure 4 : fréquences modulées abruptes :

Pour une fréquence modulée abrupte, le battement zéro se situera sur une zone de fréquences et non pas sur une fréquence précise ; il sera donc impossible de l’estimer en hétérodyne. On utilise dans ce cas un autre système : l’expansion de temps.

- Expansion de temps
Les détecteurs à expansion de temps sont dotés d'une mémoire numérique dont la capacité varie de 0,7 à 12 secondes selon les modèles, et qui enregistrent toutes les informations sonores situées dans une très large gamme de fréquences (10 à 150 ou 200 kHz). L’enregistrement est ensuite ralenti d’un facteur variant de 2 à 50 selon les modèles (10 ou 20 pour les détecteurs de terrain actuellement disponibles). La fréquence de chaque signal est ainsi ramenée dans les limites audibles par l’oreille humaine. Les sons expansés peuvent faire l'objet d'analyses sur ordinateur, permettant ainsi d’augmenter les possibilités d’identification. Le logiciel Batsound de Pettersson Electronic® est le plus utilisé en France.

5. Captures et écoutes : deux méthodes complémentaires
Les captures et les écoutes sont deux démarches indissociables pour une étude complète. L’utilisation de détecteurs d’ultrasons permettra de rechercher des gîtes, d’effectuer des études qualitatives et quantitatives d’activité et d’utilisation de l’espace par les chauves-souris. En revanche, la détermination des espèces est souvent problématique, ainsi que la détection de tous les individus : la distance d’émission peut être très faible et l’observateur ne capte pas les sons de ces individus trop éloignés (figure 5).

Figure 5 : Distance d’émission en milieu ouvert de sept espèces de chiroptères

Ainsi, la capture pallie ces problèmes d’identification et de distance de réception. En revanche, la détection du filet par les chauves-souris, la faible probabilité de capture des espèces de haut vol et le fait de rester à un point fixe sont d’autres inconvénients spécifiques à cette technique. Le tableau 2 résume la complémentarité des deux méthodes.

Tableau 2 : comparaison des techniques de capture et de prospection acoustique pour l’étude des chiroptères

6. Télémétrie (avril-octobre)
La télémétrie consiste à fixer un émetteur radio sur le dos de la chauve-souris puis à la suivre dans ses déplacements à l’aide d’un récepteur et d’une antenne directionnelle. Cette méthode fournit des informations sur l’écologie de l’espèce : utilisation du temps (temps passé au gîte principal et/ou secondaire, au transit, au terrain de chasse…), de l’espace (distance entre gîtes et terrains de chasse, superficie des terrains de chasse, intensité de l’utilisation de l’espace, phénologie…) ; utilisation et sélection des habitats, des gîtes principaux, secondaires et des reposoirs ; suivi individuel ; comportement de chasse… Cependant, le radiopistage présente un coût élevé (récepteur radio : 830 € ; émetteur : 100 € pièce). L’investissement humain est important du fait du changement de rythme d’activité. La portée réduite des émetteurs (environ 1 km en terrain dégagé) implique l’existence de voies carrossables sur la zone d’étude, car certaines espèces peuvent se déplacer sur plusieurs dizaines de kilomètres. Les animaux doivent être capturés, ce qui nécessite l’obtention d’une autorisation de capture. Par ailleurs, le taux d’échec peut être important pour l’espèce étudiée (détection des filets …) (Kervyn, 2002)